29.05.2009
Conditions pour une entente cordiale
Mes chers lecteurs,
Gilles a abordé hier, dans son commentaire sur les Européennes, la question du rapprochement PS-MoDem, perspective que j'avais moi-même très vite évoqué dans l'article. Voici une réponse plus détaillée...
Lemonde.fr, journal dont la synthèse est parfois frustrante et très factuelle (mais toujours meilleure que celle de certains torchons d'Ile de France, suivez mon regard...) a ce matin titré, d'une manière qui m'a fait sourire : "Les ratés de la campagne UMP". Ils y décrivent les tentatives de Xavier Bertrand pour dynamiser la campagne alors que son responsable légitime, Michel Barnier, doit gérer la colère des laitiers. Entre autres, hier, le patron de l'UMP a mené un meeting au Zénith de Lille, une tentative qui s'est soldée par un échec cuisant et une salle aux trois quarts vide.
En cela, il est très clair que l'UMP ne parvient pas à mobiliser au-delà de son électorat de noyau-dur. 26% selon les sondages, sont certes suffisants pour être en tête ; c'est néanmoins largement inférieur à ce que l'on pourrait attendre de la droite française (le schéma "classique" français restant : 33/33/18). Il est donc aisé de se moquer de ces 26%, bien ridicules alors même que la droite est complètement rassemblée, contrairement à la gauche qui n'a jamais été si divisée (NPA/Front de Gauche/Europe Ecologie/PS/et toutes les petites listes).
1. Première condition : cesser le contre-feu « anti-UDF » contre le MoDem
Mais alors, comment rassembler la gauche ? Dans mon article d'hier, j'ai essayé de présenter les choses d'un point de vue optimiste. Je suis sûr que le MoDem peuvent s'entendre sur certains sujets fondamentaux et pas si évidents : le rapport au projet européen, la politique familiale et la Sécurité Sociale, une politique environnementale volontariste, etc. Il y a cependant une première condition à ce projet : c'est une compréhension mutuelle. De fait, si l'on compare l'UDF de 2004 avec le MoDem cinq ans plus tard, on mesure l'étendue du chemin parcouru. L'UDF et le MoDem ont réalisé ce que le PS n'a pas fait depuis Mitterrand : renouveler ses idées, se repositionner, intégrer la mondialisation et ses dangers, et proposer des idées compréhensibles.
Dans la perspective d'une alliance, nous demandons moins au PS de se rénover en deux ans, que de reconnaître notre propre mutation vers le centre-gauche.
La ligne de séparation entre la gauche et la droite ne passe plus sur notre flanc gauche ; elle est clairement sur notre droite, parce que la droite nous y a repoussés. Les idées républicaines du centre sont profondément opposées à l’Empire personnalisé de l’argent-culte que nous prépare la droite.
2. Seconde condition : nous écouter, en toute indépendance
De cette alliance, cependant, ne pourrait résulter une fusion. Le centre est ce qu'il est, tout comme la gauche.
Nous sommes différents.
Acceptons-le, mais tentons de nous entendre. Si le MoDem considère que les Etats nationaux sont dorénavant, mondialisation oblige, incapables de déployer davantage leur fiscalité sans peser sur les exportations et l'emploi, il est ouvert à toute forme d'interventionnisme européen, mieux adapté à la mondialisation et facteur de cohérence continentale. A ce titre, les élections européennes auraient été les plus propices à un début d’entente. Il existe beaucoup de possibilités pour nous concilier et croiser nos programmes, pour peu qu’on le veuille. Le but n’est pas de fusionner, et des différences subsisteront. Le MoDem a su s’enraciner dans le paysage politique, et il n’est plus question de mettre en cause sa viabilité. Ce qu’il faut, c’est nous reconnaître dans nos différences.
3. Troisième condition : la cohérence interne de chacun
Il est en outre évident qu’aucune alliance ne sera possible durablement si le PS ne trouve pas un moyen URGENT de mettre un terme à ses dissensions internes. Il est en tout cas très difficile d’établir des perspectives pour le MoDem tant que le PS reste aussi divisé et partagé dans ses convictions. Comment faire confiance à quelqu’un qui risque d’être désavoué par la moitié des siens à tout moment ? A défaut d’être d’accord, le PS devait au moins trouver une position commune sur cette alliance, ça paraît évident, mais pas à écouter les cadres du parti.
De même, le MoDem devra garantir la pérennité de cette alliance en s’assurant du soutien des militants et des cadres.
4. Dernier point : perspectives et alternatives
Ce petit résumé donne l’impression d’être un résidu d’exigences MoDem vis-à-vis du PS, et c’est sans doute vrai. J’espère d’ailleurs que tu me feras part des impressions socialistes, Gilles.
Mais je ne peux pas m’empêcher de croire que dans cette histoire, le MoDem est en bien moins mauvaise passe (attention, je ne dis pas : « en meilleure », mais bien « en moins mauvaise » !) que le PS. Il a pour lui l’unité en interne, et la conjoncture qui lui est favorable : il est sur une pente ascendante, il est en période d’affirmation de son existence. Il y a d’ailleurs plus de proximité entre le MoDem et l’aile droite du PS qu’entre les deux flancs socialistes. Voilà qui porte à réflexion : soit le PS garde une ligne de synthèse et gère un MoDem qui a su se décaller et grandir, soit…
Ben
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28.05.2009
Européennes : j'ai enfin fait mon choix
Bonjour à tous, mes très chers lecteurs,
Je vais me permettre, pour aujourd'hui, de vous parler à la première personne. Je suis d'habitude plus prudent avec cette méthode, parce que l'emploi du Je a souvent tendance à rendre le lecteur méfiant. Mais à l'heure qu'il est, je voudrais vous faire part de mes sentiments, et vous demander votre avis, anonyme ou non... Ce n'est pas que je veux vous juger, mais plus parce que j'ai l'impression que nous sommes à un moment important, et que j'ai décidé tout en restant très hésitant...
Alors même que le mémoire sur les Blogs de Journalistes que je suis en train de rédiger, absorbe tout mon temps, je ne peux m'empêcher de me triturer l'esprit sur les élections européennes. Bien sûr, l'abstention et le désintérêt croissant des français pour cette élection me déprime toujours un peu, mais au fond, je m'y attendais. Et je crois comprendre ces français auxquels personne n'explique rien. Les médias sont pour moi en grande partie fautifs, tout comme notre personnel politique, particulièrement hypocrite (quand l'UE fait quelque chose de bien, c'est eux ; quand quelque chose de mal arrive, c'est Bruxelles !). Mais je jubile un peu, aussi.
Pourquoi jubile-je? Regardez donc les sondages... Le dernier en date, malgré toutes les tribulations et tentatives diverses de la vache Lilloise (pardonnez ma véhémence, mais je ne sais pas ce que les socialistes lui trouvent...) pour afficher une unité de façade avec l'institutrice-de-maternelle-au-sourire-crispé (alias Ségo, qui a au moins l'avantage d'avoir du charme) (pardonnez ma véhémence, mais je ne sais pas pourquoi les socialistes l'ont préférée à DSK... : il a du charme ET il sait parler!), aligne le PS sous la barre des 20%.
En quoi est-ce jubilatoire? Après tout, l'UMP est à 26%, et domine le paysage politique. C'est assez louche, quand on pense à l'impopularité de Nabot-Naparte Ier et la situation française qui Empire. En fait, le mystère s'éclaircit lorsque l'on se rend compte que cette liste UMP-Nouveau Centre est la seule qui soutient le gouvernement ! Ainsi, l'UMP est certes en tête, mais les sondages montrent aussi que 74% des votants ne soutiennent pas le gouvernement ! C'est bon pour le moral...
Alors, bien sûr, le PS et le MoDem reste faibles. Mon indécision récente à propos du vote avait pour source le sentiment que le MoDem n'avait au fond pas d'avenir, qu'il allait s'éteindre avec un Bayrou mollasson et gluant (je crois que c'est le terme : collant et mou à la fois, ça fait gluant, non ?). Mais quand je vois les sondages qui le donnent à 14%, en hausse depuis deux semaines, et qui grignote point par point les perspectives socialistes, je me dis qu'il y a bon espoir que quelque chose se passe.
Je ne suis pas pour la mort du PS. Je souhaiterais bien davantage une grande alliance sociale-démocrate, modérée mais sociale, et farouchement opposée à la société américaine-conservatrice imposée par les Sarkozy, Berlusconi ou autres. Je voudrais qu'en France, on prenne conscience de la nécessité de reconfigurer la gauche, de tuer définitivement cette espèce de vieille réthorique Mitterrandienne, révolutionnaire dans le discours, décevante dans la réforme et excellente dans la gestion. Cela se fera soit par la division du PS, soit par le renforcement du Modem.
Nous sommes précisément entre les deux.
Alors voilà : le 7 juin, d'abord, je vote. Le 7 juin, ensuite, je voterai MoDem. Pourquoi ? Parce que je voudrais encourager Marielle de Sarnez, toujours aussi fraiche, ouverte, dynamique et souriante, qui arrive à me réconcilier avec le MoDem à chaque fois que j'ai le sentiment que ma rage à l'égard du manque de panache de Bayrou aura des conséquences irréparables. Parce que, aussi, je me rends compte que le MoDem n'est pas mort, loin de là, et qu'il a encore un espoir. Un espoir qui est même meilleur que celui de l'UDF aux européennes de 2004 (dont le score fut de 11%). Et enfin parce que je ne peux me résoudre à approuver une politique Aubryiste de réconciliation du PS avec son aile gauche, qui ne correspond en rien à l'idée que je me fais d'une alternative crédible à cette droite, qui a su se renouveler et bousculer la gauche sur tous les terrains.
Je souhaite cette grande gauche social-démocrate, écologiste et fédéraliste, bien plus qu'une espèce de social-euroindécisionnisme et ses relents communistes.
J'attends vos avis et commentaires sur ce vote et vos intentions. J'ai l'impression que nous ne sentons pas tous à quel point il peut être important.
Ben
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09.05.2009
L'aigle et la faucille
Mes chers lecteurs,
Nous étions hier, comme vous les savez tous, le 8 mai 1945, date de la capitulation nazie et de la chute du Troisième Reich, à l’issue d’un terrible conflit.
Cette date est bien sûr importante ; elle met un terme à l’industrialisation de la mort en Europe, elle consacre définitivement les Etats-Unis comme nouveau leader occidental, entérine l’entêtement de nos amis anglais et place la France face à ses propres difficultés. Elle ouvre une période de réflexion profonde en Allemagne, sur l’identité de leur nation et de leur pays. Elle aurait du ouvrir une réflexion en France, sur notre propension à nous confier aveuglément à un chef à la première crise venue.
Mais plus encore, le 8 mai 1945 ouvre une longue période de cinquante années, durant laquelle l’Europe va se retrouver divisée en deux, tout comme le reste du monde. Cette victoire marque le début de la Guerre Froide.
Car il ne faudrait pas céder à la tentation de réécrire l’histoire comme nous la ressentons de nos jours. Cette réflexion m’est inspirée à la lecture des comptes-rendus du discours du Nicolas Sarkozy à Sainte-Maxime. Je le critique ici, mais je pense que tout cela est valable pour beaucoup d’entre nous. Nous oublions ce qui s’est passé.
Le chef de l’Etat a hier beaucoup insisté, et il avait raison, sur la Résistance française et son courage, sur les combattants africains sacrifiés au nom d’une cause qui n’était peut-être pas la leur, mais aussi sur le rôle déterminant des Etats-Unis d’Amérique.
Ce qui me gène, c’est qu’il manque les russes.
Je sais : ce n’est peut-être pas politiquement correct de remercier Staline. Mais en France, l’histoire fut réécrite, tant l’importance du Débarquement de 1944 fut grande pour nous. Ce sont effectivement les américains qui nous ont sauvé.
Les personnes interrogées au lendemain de cette victoire répondaient pourtant toutes la même chose : ce sont bel et bien les russes qui ont permis la victoire. C’est la seule nation qui ait réussi à repousser une invasion terrestre des nazis, puis à répliquer par leur fameux « rouleau compresseur », pour finir en une irrésistible marche vers Berlin.
Je ne voudrais pas sous-entendre qu’un peuple à eu plus de valeur que l’autre. Et pour tout dire, mon affection et mon admiration dans cette histoire, vont aux anglais. Cependant, je pense qu’il faut remettre les choses dans leur contexte, et rappeler le rôle – inquiétant et dangereux pour la suite des évènements, comme chacun sait – de l’URSS.
Ben

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08.05.2009
Les Français et la grève
Mes très chers lecteurs,
J'espère que vous accepterez de pardonner mes gros et longs silences ; le temps que je dois consacrer à des partiels et à la rédaction d'un mémoire y est pour beaucoup, en plus d'un certain coup de blues politique que je traîne depuis une petite année maintenant.
Cela dit, je me permets de vous parler aujourd'hui car, au fil de mes révisions d'Histoire sociale, j'ai pu découvrir des statistiques particulièrement intéressantes et... assez surprenantes. Tout le monde ici le sait très bien : la France est le pays des grèves. C'est en quelque sorte notre marque de fabrique, une partie de notre identité qui fait sourire les étrangers... et embête les autochtones. Combien de fois avons-nous d'ailleurs entendu des patrons, ou autres amateurs du Sarkozysme, et adeptes du "Faut remettre la France au travail" (ce qui, bien sur, ne les concerne pas ! C'est un principe de base : le problème vient du voisin, pas de chez soi) s'en plaindre ?! La philosophie du service minimum, qui reste, j'en suis convaincu, une bonne idée, n'en était pas moins dénuée de ce genre d'allusions... ou d'impressions.
Mais figurez-vous, mes chers amis, que j'ai découvert un graphique qui risque d'en surprendre plus d'un. Si l'on faisait un classement du nombre de jours de grêve pas pays en Europe, à quel rang serait la France ? Deuxième ? Première ?
Raté ! Elle serait étonnamment onzième !

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