04.06.2009

L'Europe de tout notre coeur

Mes chers amis,

 

Les sondages, peu importe les critiques qu’il est possible de leur adresser, indiquent avec éloquence le désintérêt profond des français pour les élections de Dimanche. Ce désintérêt, peut s’expliquer. En quoi est-il justifié ?

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Il est justifié, tout d’abord parce que l’Europe ne parvient pas à retrouver une raison d’être. Elle fut pensée, construite et défendue par des hommes et des femmes qui avaient connu la guerre et le génocide. La peur – que dis-je ! – la hantise de la guerre, et la menace totalitaire à l’Est, nous ont poussé à un tel projet. Mais aujourd’hui, la paix n’est plus un exigence populaire, parce qu’elle est devenue évidente. La paix est ressentie, de nos jours, comme assurée. Je ne sais pas si c’est véritablement une bonne chose, mais toujours est-il que cela a coupé l’Europe de ses racines, de ses raisons d’être. C’est sans doute une première justification à ce désintérêt : certains ne voient plus l’utilité de l’Europe. Ils ont oublié le XXè siècle. Il n’y a cela dit, dans ma plume, aucun jugement de valeur.

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Il est justifié, secondement, parce que l’Europe déçoit. Elle déçoit parce qu’elle n’est pas encore démocratique. Certes, de grands progrès ont été accomplis, avec l’élection au suffrage universel des députés (dimanche !) (Auparavant, ils étaient choisis par les Parlements nationaux). De nombreuses compétences ont été attribuées, en outre, à ce Parlement devenu plus représentatif. Toutefois, l’absence de couverture médiatique crédible (surtout en France) et la mainmise que possède le Conseil (c’est-à-dire les ministres des Etats-membres) sur le système institutionnel font dire que l’Europe, encore aujourd’hui, est bien plus diplomatique que démocratique. C’est sans doute en partie vrai, et cela constitue une deuxième explication possible à ce désintérêt.

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Mais alors, que faut-il faire pour retrouver une forme d’intérêt ? Démocratiser ne semble pas suffire… Pourquoi ? Ma thèse serait que l’Europe a sous sa responsabilité des tâches bien trop techniques, bien trop subtiles, pour pouvoir intéresser les citoyens. Elle n’a tout simplement plus rien d’exceptionnel, de révolutionnaire, de Grand, contrairement aux discours passionnés qu’elle suscite (et dont je suis le premier amateur !). Comment politiser sans sujet polémique ?! Il faut donc que l’Europe rassemble plus d’enjeux, traite de vraies questions, générales, en plus des aspects techniques, même s’ils sont utiles, j’en conviens.

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Et il y a des choses où elle devrait légitimement intervenir ! L’environnement doit de nos jours se penser à grande échelle, pour mettre en place des dispositifs publics harmonisés et éviter la concurrence fiscale entre les Etats (qui empêche toute forme d’intervention publique, et détruit celles qui existent déjà). La cohésion territoriale et l’égalisation des niveaux de vie est aussi un enjeu majeur du XXIè siècle en Europe. La mise en place, enfin, de cellules de coordination et d’organisation à l’échelle continentale de nos dispositifs de Défense s’avèrera être un enjeu déterminant dans notre capacité à prévenir toute invasion ou toute tentative terroriste, pour la protection de nos concitoyens et de nos voisins.

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L’élection de dimanche y changera-t-elle quelque chose ? En partie. Car la tendance actuelle de l’Europe, c’est la division des Etats. La « concurrence », thèse libérale développée dans l’interprétation des textes communautaires par J.-M. Barrosso, est certes un principe purement économique de laisser-faire. Mais elle a une autre origine, politique celle-là, bien plus inquiétante : si cette idéologie a été choisie, c’est avant tout parce qu’elle protège les Etats. Le « laisser-faire » empêche tout débat sur l’harmonisation fiscale et la création de politiques européennes sociales qui pourraient réduire le pouvoir de nos Chefs d’Etat. Voilà sa véritable raison d’être, imposée par les droites (majoritaires, encore actuellement, sur le continent), qu’il faut combattre. Car sans ces politiques, pas de politisation de l’Europe, ni de grande coordination de l’Europe autour de l’environnement, du social, et de la défense. Avec à la clef, des risques d’implosion encore plus importants.

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Voici donc ce qu’il faut comprendre : voter dimanche, c’est donner, ou refuser, un sens à l’Europe. C’est défendre un idéal, qui n’est plus seulement l’idéal de paix des Pères Fondateurs, mais qui est aussi un idéal social. Un idéal qui redonnera à notre continent toute sa Grandeur, non pas par les armes, mais par ses ambitions et par sa Volonté.

 

Sans enjeu, sans responsabilité, sans esprit, l’Europe mourra. Chacun, que nous soyons centristes ou communistes, socialistes ou verts, nous devons nous lever pour bloquer un projet d’une Europe libérale coincée par les Etats, impuissante parce que refusée par les peuples.

 

Je serai le premier à me lever. Je refuse l’Europe des droites !

 

Vive l’Union !

 

Ben

 

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