08.06.2009

Humiliation

Mes chers amis,

 

Les résultats d’hier sont certes surprenants et imprévus ; mais ils sont aussi profondément inquiétants. Tout député, qu’il soit national ou européen, doit s’inquiéter d’observer que sa légitimité ne s’assoit que sur 40% de ses électeurs. Cela prouve, une nouvelle fois, à quel point il aurait été important d’être plus pédagogique. D’autre part, je reste malgré tout convaincu qu’il ne sera plus possible de faire voter sur l’Europe si l’on ne finit pas par lui donner des compétences qui soient réellement déterminantes et capables d’intéresser. Je tiens à rappeler qu’elle possède, ironiquement, un rôle important en matière d’écologie.

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Au niveau européen, le message est parfaitement clair : il s’agit là d’une grande victoire des conservateurs de la droite déjà majoritaire. L’ancien Parlement Européen, constructeur et défenseur acharné de la « concurrence », amateur de normes ubuesques et soutien inconditionnel J.-M. Barrosso, est reconduit, avec un rapport de force nouveau, toutefois ; la droite se divise entre libéraux, en tassement, et les conservateurs eurosceptiques, en progrès. Les droites française, italienne et hollandaise en tête.

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Cette victoire est une humiliation, réelle, forte, profonde, de la social-démocratie, en recul quasiment partout, y compris sur les terres de M. Zapatterro. Ce mouvement, inquiétant, entraîne un tassement de toutes les formations centristes et de gauche, à l’exception notable des Verts.

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En France, ce retour tonitruant des Verts dans l’espace politique pose la question de la sa recomposition. Je reste persuadé qu’au niveau national, en l’absence de leader charismatique, de cadres capables de gouverner, et d’électorat stable, cette « victoire » d’Europe Ecologie, si elle manifeste une préoccupation importante et trop oubliée de nos concitoyens, ne pourra pas être concrétisée en 2012. Ce bon score traduit des attentes ; il ne fera pas un avenir présidentiel.

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Quelle est donc la meilleure chose à faire, dans l’opposition ? Trois choses me semblent particulièrement urgentes.

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Au centre, il faut immédiatement cesser d’avoir recours à des discours populistes, mettant en cause en permanence l’indépendance des instituts de sondage, du système médiatique, et appliquant avec un acharnement pitoyable une rhétorique de la théorie du complot digne des pires heures de l’extrême-droite conquérante. Nous devons nous remettre au travail, cesser de s’opposer en permanence à N. Sarkozy de manière personnelle. F. Bayrou doit laisser les cadres de son parti s’exprimer dans les médias ; il doit cesser d’être le seul représentant du MoDem, en particulier si cela le conduit à ruiner la campagne de M. De Sarnez qui avait accompli un travail de terrain considérable. Nous devons encore une fois, mettre le parti au travail, et ne plus se contenter d’être « Bayrou » ; nous ne devons plus présenter aux français des idées vaseuses et généralistes. Nous devons avoir, pour 2011, un répertoire de cent mesures, précises, claires, faisables, pour illustrer notre philosophie politique. Cette dernière, enfin, devra intégrer une vision transversale de l’écologie politique, incluant les questions du modèle social, du modèle de gouvernance, et du modèle de développement.

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A gauche, ensuite, il faudra commencer par se réunir et discipliner le parti. Cette défaite n’est pas celle du « verrouillage » de Martine Aubry ; c’est au contraire celle de la cacophonie à gauche. Le PS doit à tout prix assurer la liberté d’expression, la pluralité et la capacité de débat de ses militants, tout en invitant ses cadres à ne pas dissoner devant les médias. Il doit réaliser un travail de rénovation profonde, qui inclura l’écologie politique, et proposera un modèle de gauche modérée. Quitte à ce séparer de cette aile gauche afin de recréer un réservoir de voix avec le NPA et le Front de gauche.

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Il faut enfin, au niveau national, afin de parvenir à faire barrage à cette droite, triomphante, arrogante, mielleuse, qui possède les plein pouvoirs depuis maintenant sept années (et dont les pires furent les trois dernières), envisager un Front Progressiste rassemblant centristes, socialistes de gouvernement, et écologistes, derrière un Grand Projet Social-Démocrate. Cela ne se fera pas, au vu de la personnalité de F. Bayrou, et de l’état du PS. Mais c’était, je le crains, la seule solution pour proposer une alternance lors de la prochaine échéance électorale nationale.

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Cette réussite de la part d’Europe Ecologie est, je le pense sincèrement, une chose très très heureuse pour l’Europe. C’est une catastrophe pour le paysage national, cependant, qu’un parti incapable d’assumer son rôle d’opposant parce que trop petit, soit arrivé à un tel score. Il n’a fait qu’affaiblir le MoDem et le PS, déjà bien mal en point, mais seuls capables d’envisager 2012. Cet émiettement contribue encore davantage, au discours pessimistes sur les capacités de l’opposition à conquérir le pouvoir par la force d'une personnalité, et par l'audace d'un projet.

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Voici donc où nous en sommes, chers lecteurs : un centre populiste, une gauche divisée, une droite triomphante. Avec désarroi, les bras ballants, je ne puis que soupirer et invoquer tous les défenseurs déchus d’une grande idée de la France. Pierre Mendès-France, m’entends-tu ?

 

Ben

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