10.06.2009
De l'origine des victoires : la vraie bataille commence
Mes chers lecteurs,
Dans cet article, je voudrais une toute dernière fois revenir sur les élections de dimanche. Il ne s'agit pas de reparler des résultats. Il s'agit de montrer qu'elles sont à l'origine d'une guerre plus sournoise, qui se déroule en interne pour chaque parti. Et qui, certainement, en verra un finir par tomber. Bismarck ne disait-il pas : "Dans un jeu à trois, il faut être l'un des deux" ?!
---
Ces élections européennnes n'ont pas fini de faire parler d'elles. D'ores et déjà, les deux grands perdants, le MoDem et le Parti Socialiste, ont commencé à étudier leurs perspectives d'avenir. Et la différence est éloquente. Le MoDem, pour qui, pour une fois, il est très avantageux d'être un petit parti, est déjà sur les rails de la réforme interne. Le comité exécutif a annoncé dès hier, une modification de son fonctionnement. Le MoDem fonctionnera de manière plus collégiale, sa gouvernance sera axée vers des travaux de groupe. Les militants seront bientôt consultés sur cette proposition : ça va vite, et dans le bon sens. Il faut espérer que cela sera effectif : ce sera une petite révolution, qui, croisons les doigts, fera apparaître Bayrou moins seul et encouragera les jeunes talents.
***
Au PS en revanche, les choses semblent plus compliquées. Cet échec semble pourtant avoir ouvert les yeux à Martine Aubry, premier secrétaire de plus en plus mal à l'aise. Mais il apparaît de manière très claire qu'elle paye cher le prix de son élection à ce poste : élue de justesse dans des conditions douteuses, elle a aussi du, pour cela, fonder une coalition particulièrement hétéroclite dont le seul ciment était le "TSS" (Tout Sauf Ségolène). Un peu court... et aujourd'hui, une direction divisée l'empêche de réformer le parti vite et bien. C'est assez ironique : le MoDem, accusé d'être "incohérent", de rassembler le centre-gauche et le centre-droit "irrassemblables", semble beaucoup plus uni et déterminé à s'affirmer en collectif qu'un PS en délitement...
***
C'était aussi la force d'Europe-Ecologie, un parti qui a rassemblé très largement au cours de ses élections, sur tout un spectre allant des écologistes de droite à l'extrême-gauche. Leur force a été tout faire pour rappeler qu'ils étaient Verts, "oubliant" d'indiquer que leur liste comportait aussi du Rouge... Au-delà de cet aspect qu'il serait possible de polémiquer, je crois qu'il faut comprendre une donnée importante de ce début du XXIè siècle : les citoyens sont sensibles à un nouveau modèle de gouvernance. Les Verts, petit parti, ont été capables de s'ouvrir à des sympathisants qui ne provenaient pas, historiquement, de chez eux. Ils ont accepté les nouveaux, d'où ils venaient, et les ont fait participer. C'est cette ouverture sur la société, cette tranquilité, qui a plu. Sans oublier les discours des "grandes figures", bien sur.
***
Cette décennie marque l'avènement d'un temps où l'électorat semble extrêmement volatile. Il change beaucoup, passant d'un parti à l'autre. Et je je suis quasiment certain, par pure intuition, que ce qui risque de changer la donne, à l'avenir, ce sur quoi l'électorat de gauche sera sensible, c'est notre modèle de gouvernance. C'est la fondation d'un nouvel humanisme, d'une nouvelle démocratie, plus poussée que jamais. Une démocratie qui doit tenir compte, c'est vrai, de l'environnement dans lequel nous vivons. Mais aussi de nouvelles données plus sociétales : le sentiment de participer, d'être écouté. Le sentiment de proximité avec les décideurs. C'était l'intuition de la candidate socialiste en 2007. Nous devons nous en inspirer, sans pour autant organiser benêtement des "meetings participatifs" : un meeting est fait pour convaincre. C'est avant, lors des Conventions, qu'il faut faire participer. C'est au niveau local, sous l'égide de cadres impliqués. C'est par l'adhésion démocratique à la ligne du parti et de son leader par les adhérents et sympathisants.
***
Voici donc tout le paradoxe de cette période, profondément troublant. Nous avons trois cas, bien distincts, dans l'opposition. Le MoDem, un parti très personnalisé, mais qui est conscient de ce problème par la voix de Corinne LEPAGE et qui est décidé à changer. Le PS, dans lequel à force de vouloir être "démocratique", on est devenus cacophoniques et divisés, et qui n'a pas su lier liberté d'expression à sentiment d'union. Les Verts, enfin, qui possèdent les idées les plus poussées sur la gouvernance, mais qui n'a pas les reins asses solides pour gouverner... Trois partis, trois situations, trois avenirs possibles.
***
Et une certitude en découlant : la guerre à gauche commence maintenant. Tout l'enjeu sera de posséder un parti soudé et démocratique. Vous connaissez tous mon avis sur le sujet. Pour moi, un parti bien géré, capable de mener cette "guerre" qu'est la campagne, doit se concevoir tel une armée : des officiers fidèles, à l'écoute des soldats. C'est un parti où la parole des cadres est verrouillée dans les médias ; leur champ d'expression libre doit se faire à huis-clos, auprès du leader. Mais les militants doivent être valorisés, encouragés à développer leurs idées, participer à des débats, voire produire des propositions et des études. C'est tout l'enjeu : démocratiser sans désunir.
Et parmi ces trois modèles, il est certain que si l'un doit s'imposer, alors il y en a un qui mourra. Il n'y a assez pas de place pour trois...
Ben
08:57 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note



Commentaires
C'est aussi, à mon sens, l'Europe telle est proposée qui est désavouée.
Il va se faire une mutation, toujours à mo, humble avis.
Les politiques de cette Europe étant tous montrés du doigt...
Ecrit par : aliciabx | 10.06.2009
Chère Aliciabx, merci pour ton passage et ton commentaire !
Tu as raison de souligner ce point.
J'avais peur, en fait, que reparler encore des élections ne lassent mes lecteurs ! J'avoue... J'ai donc décidé de prendre un cap sur les partis au niveau national...
Cela dit, je défends toujours aussi farouchement les thèses fédéralistes, et l'idée d'un vrai interventionnisme Européen. C'est, à mon sens, la seule garantie contre l'implosion annoncée du système tel qu'il est aujourd'hui. L'Europe doit revenir dans la vie des gens, tout simplement.
Donc au fond, c'est un peu la problématique. La gouvernance ! ;)
Ecrit par : Ben | 10.06.2009
Ecrire un commentaire