10.06.2009

De l'origine des victoires : la vraie bataille commence

Mes chers lecteurs,

 

Dans cet article, je voudrais une toute dernière fois revenir sur les élections de dimanche. Il ne s'agit pas de reparler des résultats. Il s'agit de montrer qu'elles sont à l'origine d'une guerre plus sournoise, qui se déroule en interne pour chaque parti. Et qui, certainement, en verra un finir par tomber. Bismarck ne disait-il pas : "Dans un jeu à trois, il faut être l'un des deux" ?!

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Ces élections européennnes n'ont pas fini de faire parler d'elles. D'ores et déjà, les deux grands perdants, le MoDem et le Parti Socialiste, ont commencé à étudier leurs perspectives d'avenir. Et la différence est éloquente. Le MoDem, pour qui, pour une fois, il est très avantageux d'être un petit parti, est déjà sur les rails de la réforme interne. Le comité exécutif a annoncé dès hier, une modification de son fonctionnement. Le MoDem fonctionnera de manière plus collégiale, sa gouvernance sera axée vers des travaux de groupe. Les militants seront bientôt consultés sur cette proposition : ça va vite, et dans le bon sens. Il faut espérer que cela sera effectif : ce sera une petite révolution, qui, croisons les doigts, fera apparaître Bayrou moins seul et encouragera les jeunes talents.

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Au PS en revanche, les choses semblent plus compliquées. Cet échec semble pourtant avoir ouvert les yeux à Martine Aubry, premier secrétaire de plus en plus mal à l'aise. Mais il apparaît de manière très claire qu'elle paye cher le prix de son élection à ce poste : élue de justesse dans des conditions douteuses, elle a aussi du, pour cela, fonder une coalition particulièrement hétéroclite dont le seul ciment était le "TSS" (Tout Sauf Ségolène). Un peu court... et aujourd'hui, une direction divisée l'empêche de réformer le parti vite et bien. C'est assez ironique : le MoDem, accusé d'être "incohérent", de rassembler le centre-gauche et le centre-droit "irrassemblables", semble beaucoup plus uni et déterminé à s'affirmer en collectif qu'un PS en délitement...

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C'était aussi la force d'Europe-Ecologie, un parti qui a rassemblé très largement au cours de ses élections, sur tout un spectre allant des écologistes de droite à l'extrême-gauche. Leur force a été tout faire pour rappeler qu'ils étaient Verts, "oubliant" d'indiquer que leur liste comportait aussi du Rouge... Au-delà de cet aspect qu'il serait possible de polémiquer, je crois qu'il faut comprendre une donnée importante de ce début du XXIè siècle : les citoyens sont sensibles à un nouveau modèle de gouvernance. Les Verts, petit parti, ont été capables de s'ouvrir à des sympathisants qui ne provenaient pas, historiquement, de chez eux. Ils ont accepté les nouveaux, d'où ils venaient, et les ont fait participer. C'est cette ouverture sur la société, cette tranquilité, qui a plu. Sans oublier les discours des "grandes figures", bien sur.

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Cette décennie marque l'avènement d'un temps où l'électorat semble extrêmement volatile. Il change beaucoup, passant d'un parti à l'autre. Et je je suis quasiment certain, par pure intuition, que ce qui risque de changer la donne, à l'avenir, ce sur quoi l'électorat de gauche sera sensible, c'est notre modèle de gouvernance. C'est la fondation d'un nouvel humanisme, d'une nouvelle démocratie, plus poussée que jamais. Une démocratie qui doit tenir compte, c'est vrai, de l'environnement dans lequel nous vivons. Mais aussi de nouvelles données plus sociétales : le sentiment de participer, d'être écouté. Le sentiment de proximité avec les décideurs. C'était l'intuition de la candidate socialiste en 2007. Nous devons nous en inspirer, sans pour autant organiser benêtement des "meetings participatifs" : un meeting est fait pour convaincre. C'est avant, lors des Conventions, qu'il faut faire participer. C'est au niveau local, sous l'égide de cadres impliqués. C'est par l'adhésion démocratique à la ligne du parti et de son leader par les adhérents et sympathisants.

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Voici donc tout le paradoxe de cette période, profondément troublant. Nous avons trois cas, bien distincts, dans l'opposition. Le MoDem, un parti très personnalisé, mais qui est conscient de ce problème par la voix de Corinne LEPAGE et qui est décidé à changer. Le PS, dans lequel à force de vouloir être "démocratique", on est devenus cacophoniques et divisés, et qui n'a pas su lier liberté d'expression à sentiment d'union. Les Verts, enfin, qui possèdent les idées les plus poussées sur la gouvernance, mais qui n'a pas les reins asses solides pour gouverner... Trois partis, trois situations, trois avenirs possibles.

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Et une certitude en découlant : la guerre à gauche commence maintenant. Tout l'enjeu sera de posséder un parti soudé et démocratique. Vous connaissez tous mon avis sur le sujet. Pour moi, un parti bien géré, capable de mener cette "guerre" qu'est la campagne, doit se concevoir tel une armée : des officiers fidèles, à l'écoute des soldats. C'est un parti où la parole des cadres est verrouillée dans les médias ; leur champ d'expression libre doit se faire à huis-clos, auprès du leader. Mais les militants doivent être valorisés, encouragés à développer leurs idées, participer à des débats, voire produire des propositions et des études. C'est tout l'enjeu : démocratiser sans désunir.

 

 Et parmi ces trois modèles, il est certain que si l'un doit s'imposer, alors il y en a un qui mourra. Il n'y a assez pas de place pour trois...

 

Ben

09.06.2009

Un moment sincère

Mes chers lecteurs,

(Modification apportée à cet article à 12h45. Elle est sous la vidéo !)

Déprimé sur l'état de notre Mouvement et sur ses perspectives d'avenir, avec le sentiment que Sarkozy allait rester encore huit ans avec les plein-pouvoirs, j'ai malgré tout regardé cette vidéo de F. Bayrou s'expliquant récemment sur Europe 1, en entier. J'y ai senti un homme profondément blessé.

Je dois avouer qu'il m'a touché et, bien plus que lorsqu'il critique les sondages ou les médias, il m'a semblé profondément sincère. Espèrons en conséquence qu'il saura, à nouveau, s'exprimer sur ses doutes et ses idées de la sorte, à l'avenir...

Chaleureusement,

Ben


 

Retrouvez en outre, citée ci-dessous, la phrase écrite par D. Cohn-Bendit, dans son livre de 1975, Le Grand Bazar. Sur le fond, je partage le sentiment de F. Bayrou même si cela ne justifiait pas un tel usage de la chose...

"Il m’était arrivé plusieurs fois que certains gosses ouvrent ma braguette et commencent à me chatouiller. Je réagissais de manière différente selon les circonstances, mais leur désir me posait un problème. Je leur demandais: “Pourquoi ne jouez-vous pas ensemble, pourquoi m’avez-vous choisi, moi, et pas les autres gosses?”. Mais s’ils insistaient, je les caressais quand même "

08.06.2009

Humiliation

Mes chers amis,

 

Les résultats d’hier sont certes surprenants et imprévus ; mais ils sont aussi profondément inquiétants. Tout député, qu’il soit national ou européen, doit s’inquiéter d’observer que sa légitimité ne s’assoit que sur 40% de ses électeurs. Cela prouve, une nouvelle fois, à quel point il aurait été important d’être plus pédagogique. D’autre part, je reste malgré tout convaincu qu’il ne sera plus possible de faire voter sur l’Europe si l’on ne finit pas par lui donner des compétences qui soient réellement déterminantes et capables d’intéresser. Je tiens à rappeler qu’elle possède, ironiquement, un rôle important en matière d’écologie.

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Au niveau européen, le message est parfaitement clair : il s’agit là d’une grande victoire des conservateurs de la droite déjà majoritaire. L’ancien Parlement Européen, constructeur et défenseur acharné de la « concurrence », amateur de normes ubuesques et soutien inconditionnel J.-M. Barrosso, est reconduit, avec un rapport de force nouveau, toutefois ; la droite se divise entre libéraux, en tassement, et les conservateurs eurosceptiques, en progrès. Les droites française, italienne et hollandaise en tête.

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Cette victoire est une humiliation, réelle, forte, profonde, de la social-démocratie, en recul quasiment partout, y compris sur les terres de M. Zapatterro. Ce mouvement, inquiétant, entraîne un tassement de toutes les formations centristes et de gauche, à l’exception notable des Verts.

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En France, ce retour tonitruant des Verts dans l’espace politique pose la question de la sa recomposition. Je reste persuadé qu’au niveau national, en l’absence de leader charismatique, de cadres capables de gouverner, et d’électorat stable, cette « victoire » d’Europe Ecologie, si elle manifeste une préoccupation importante et trop oubliée de nos concitoyens, ne pourra pas être concrétisée en 2012. Ce bon score traduit des attentes ; il ne fera pas un avenir présidentiel.

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Quelle est donc la meilleure chose à faire, dans l’opposition ? Trois choses me semblent particulièrement urgentes.

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Au centre, il faut immédiatement cesser d’avoir recours à des discours populistes, mettant en cause en permanence l’indépendance des instituts de sondage, du système médiatique, et appliquant avec un acharnement pitoyable une rhétorique de la théorie du complot digne des pires heures de l’extrême-droite conquérante. Nous devons nous remettre au travail, cesser de s’opposer en permanence à N. Sarkozy de manière personnelle. F. Bayrou doit laisser les cadres de son parti s’exprimer dans les médias ; il doit cesser d’être le seul représentant du MoDem, en particulier si cela le conduit à ruiner la campagne de M. De Sarnez qui avait accompli un travail de terrain considérable. Nous devons encore une fois, mettre le parti au travail, et ne plus se contenter d’être « Bayrou » ; nous ne devons plus présenter aux français des idées vaseuses et généralistes. Nous devons avoir, pour 2011, un répertoire de cent mesures, précises, claires, faisables, pour illustrer notre philosophie politique. Cette dernière, enfin, devra intégrer une vision transversale de l’écologie politique, incluant les questions du modèle social, du modèle de gouvernance, et du modèle de développement.

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A gauche, ensuite, il faudra commencer par se réunir et discipliner le parti. Cette défaite n’est pas celle du « verrouillage » de Martine Aubry ; c’est au contraire celle de la cacophonie à gauche. Le PS doit à tout prix assurer la liberté d’expression, la pluralité et la capacité de débat de ses militants, tout en invitant ses cadres à ne pas dissoner devant les médias. Il doit réaliser un travail de rénovation profonde, qui inclura l’écologie politique, et proposera un modèle de gauche modérée. Quitte à ce séparer de cette aile gauche afin de recréer un réservoir de voix avec le NPA et le Front de gauche.

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Il faut enfin, au niveau national, afin de parvenir à faire barrage à cette droite, triomphante, arrogante, mielleuse, qui possède les plein pouvoirs depuis maintenant sept années (et dont les pires furent les trois dernières), envisager un Front Progressiste rassemblant centristes, socialistes de gouvernement, et écologistes, derrière un Grand Projet Social-Démocrate. Cela ne se fera pas, au vu de la personnalité de F. Bayrou, et de l’état du PS. Mais c’était, je le crains, la seule solution pour proposer une alternance lors de la prochaine échéance électorale nationale.

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Cette réussite de la part d’Europe Ecologie est, je le pense sincèrement, une chose très très heureuse pour l’Europe. C’est une catastrophe pour le paysage national, cependant, qu’un parti incapable d’assumer son rôle d’opposant parce que trop petit, soit arrivé à un tel score. Il n’a fait qu’affaiblir le MoDem et le PS, déjà bien mal en point, mais seuls capables d’envisager 2012. Cet émiettement contribue encore davantage, au discours pessimistes sur les capacités de l’opposition à conquérir le pouvoir par la force d'une personnalité, et par l'audace d'un projet.

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Voici donc où nous en sommes, chers lecteurs : un centre populiste, une gauche divisée, une droite triomphante. Avec désarroi, les bras ballants, je ne puis que soupirer et invoquer tous les défenseurs déchus d’une grande idée de la France. Pierre Mendès-France, m’entends-tu ?

 

Ben