10.04.2009
Le projet Hadopi refoulé
Mes chers lecteurs,
Le projet Hadopi n’a décidément pas fini de faire couler de l’encre. Le projet de loi, dont le but est de lutter contre le téléchargement illégal en privant les fraudeurs de leur connexion internet, a déchaîné hier la polémique : les députés ont finalement voté contre !
Les députés socialistes on en effet pris par surprise les membres de la majorité : des dizaines d’entre eux sont arrivés juste avant le vote. L’opposition est alors devenu… majoritaire !
C’est une claque pour l’UMP, et en premier lieu pour Jean-François Copé, responsable du groupe à l’Assemblée. Et évidemment, par ricochet, chacun imagine la furie impériale…
Ce que je voudrais en dire, aujourd’hui, c’est que la couverture médiatique qui en est faite, et les réactions de l’opinion à ce sujet, ne sont pas du tout conscientes de la portée d’un projet de loi qui touche à de nombreux aspects sensibles de la société moderne. En dehors du fait que l’idée est techniquement très difficile à mettre en place, trouvez-vous normal de priver quelqu’un de sa connexion ? N’est-ce pas là quelque chose qui vous coupe pour moitié de la société ? Pour rechercher un emploi, s’informer ou se cultiver, où allez-vous principalement de nos jours ?
Et puis surtout, ce projet est-il même constitutionnel ? A-t-on le droit de couper la connexion à quelqu’un, en sachant que cela sera aussi valable pour tous les membres du foyer, qui eux, n’ont rien commis d’illégal ? Cela s’appelle, selon moi, Rupture d’Egalité devant la Loi.
Tant de questions qui n’ont pas été posées. Il est, en ce moment, de bon ton de critiquer l’absentéisme de nos députés. En général, cette critique me laisse perplexe. Il y a en effet des cas (comme le vendredi soir, la veille des vacances d’avril…) où nos députés sont quelque peu laxistes, et c’est tout à fait condamnable. Sur le modèle Irlandais, nous devrions sanctionner les absentéistes financièrement, sur leur indemnité mensuelle.
D’un autre côté, il ne faut pas oublier que les députés participent à de nombreuses commissions de travail, de consultation, de débat. Difficile, donc, de les accuser d’être absents en session s’ils approfondissent un sujet en salle, avec des collègues. C’est pour cette raison que le PS ne peut pas faire de tels coups à chaque fois que les députés UMP sont absents : les deux camps sont pris dans un travail important.
En tout état de cause, c’est là le message que je voudrais vous faire passer : c’est bien de médiatiser l’évènement et de s’en indigner, voire d’envisager des sanctions. Mais ce qui a fait l’objet du « coup », pose de bien plus grosses questions. Débat ouvert…
Ben
08:59 Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
07.04.2009
De l'esprit pas très critique
Mes chers lecteurs,
Les plus fidèles d’entre vous se souviennent certainement des débuts de mon ancien blog, Voix de Grenoble. J’y avais la prétention de décrypter l’actualité tout en « restant objectif ». Du moins avais-je la prétention de ne pas laisser transparaître d’opinion partisane trop forte.
Mais le temps passant et la politique étant ce qu’elle est, la scène nationale a peu à peu muté pour se réorganiser autour d’une question unique : pour, ou contre Nicolas Sarkozy ? Dans cette optique, il me semblait difficile d’écrire ce que je pensais, sans clarifier mon positionnement. Au fond, en insistant sur mes propres opinions, j’ai construit en votre esprit à la fois un sentiment de confiance (car je ne me cache pas) et de méfiance (car vous savez que je vois les choses à travers un certain prisme). En somme, en reconnaissant ma subjectivité, j’ai alerté votre esprit critique. Tout simplement : je vous ai prévenu. Et lorsque je parle de « Nabot-Naparte Ier» vous savez que j’exagère, et vous relativisez.
Il devrait en aller de même pour les médias. Si ceux-ci supportent une cause autour de laquelle il y a des enjeux politiques, alors il faudrait que les journalistes avouent clairement leur subjectivité. Les médias se prétendent objectifs, mais c’est impossible ; l’objectivité elle-même est subjective ! Et si l’on peut, environ, reconnaître quelques distinctions entre l’Humanité et Le Figaro, il n’en va pas ainsi du Monde, il n’en va plus ainsi de l’Express.
Au fond, cette objectivité prétendue, larvée, ne peut que nuire à notre esprit critique.
Aussi, quand je vois le Président de la première puissance nucléaire du monde défendre un monde sans l’arme atomique, j’éprouve quelques doutes sur ses intentions réelles. Les journalistes de iTélé affirment quant à eux que c'est "formidable"... De même, je ne m’extasie non plus sur le retour de la France dans l’OTAN sous prétexte que les « USA seraient devenus gentils »… Nul doute là-dessus : les journalistes sont tous raides-dingues de Barrack Obama ! Or, l’idéaliser pourrait devenir dangereux. Il reste américain, à la tête d’un pays qui, même s’il renoue avec le multilatéralisme, ne doit pas moins défendre ses intérêts. Pire : c’est un pro de la comm’ !
Gardez donc votre esprit critique bien éveillé, sur Obama comme sur les autres. N’avais-je pas rappelé, le soir de son élection : « Un symbole, pas (encore) un changement » ?.
Ben
16:01 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
03.04.2009
G20 : un bon consensus et des espoirs
Tous les médias, euphoriques, ont aujourd’hui décidé de nous bassiner avec ce G20, grand-messe politique mondiale et reconstructeur d’espoir pour toutes les économies de la planète. Aussi dois-je, je suppose, m’y coltiner aussi !
Ce G20 a décidé de se prévenir de tout protectionnisme, ce qui serait catastrophique ; c’est à cette tentation que nous avions cédé en 1929, avec à la clef une dépression plus catastrophique encore. Mieux : 250 milliards de dollars seront chargés d’encourager le commerce mondial pour endiguer sa chute.
Une réforme des agences de notation, chargées d’estimer la valeur des actifs financiers sur le marché, sera engagée. Celles-ci ont en effet été incapables de voir venir le crach et d’estimer convenablement le risque que représentaient les actifs des sub-primes. Elles ont par ailleurs rempli des fonctions de conseil, aux banques par exemple, tout en continuant à remplir leur devoir d’évaluation ! Il y avait là un conflit d’intérêts auquel il sera mis un terme. De manière globale, les fonds de pensions, et les rémunérations des actionnaires seront dorénavant encadrés, pour redonner une certaine morale au système.
Cette assemblée a aussi décidé, évidemment, d’établir la fameuse liste noire des paradis fiscaux qui refuseraient de coopérer avec l’OCDE. Il ne s’agit pas vraiment là de lutter contre la crise, dont ces Etats ne sont pas responsables. Il y a un double objectif dans ce durcissement de position : d’abord, le besoin de récupérer des ressources fiscales qui avaient fui dans les pays du secret bancaire. Cela permettra de financer les dettes colossales dont nous hériterons. Deuxièmement, il y a aussi une exigence morale de lutte contre l’argent sale, même si bien sur, les « blanchisseurs » auront toujours assez d’imagination pour s’y prendre autrement. En haussant le ton, nous rendons toutefois le blanchiment moins facile. Chacun sait que le grand banditisme et autres factions d’Al Quaeda plaçaient leurs richesses là-bas.
Enfin, ce sont près de 1000 milliards de dollars qui seront accordés au FMI pour remplir son rôle. Sur ce point, il s’agit de ne pas faire d’amalgames : ces 1000 milliards serviront surtout à aider les pays surendettés en difficulté. Beaucoup moins qu’un fond pour la relance, il s’agit d’un parachute pour les régions les plus pauvres.
Au final, que penser du G20 ? Il y a de grandes avancées, comme sur les paradis fiscaux ou l’encadrement des rémunérations et des agences de notations. La création d’un Conseil de stabilité financière devrait aussi permettre d’éviter les pullulements de produits risqués comme les sub-primes.
En revanche, je refuse d’adhérer à l’euphorie médiatique qui loue aujourd’hui le retour d’une régulation importante. Il y a certes des progrès, et une vraie reprise de contrôle par le politique sur l’économique. Les embryons de gouvernance mondiale sont, pour le long terme, de réelles sources de grande satisfaction et d’espoir, sur le très long terme.
Toutefois, il ne résout pas quelques problèmes de fond, comme par exemple les pouvoirs des actionnaires dans les CA qui font tendre nos entreprises au court terme, ou encore la concurrence fiscale entre pays développés, concurrence déloyale et socialodestructrice. Cependant, il est impossible d’en tenir rigueur à qui que ce soit. Les 20 chefs d’Etats étaient forcés au consensus, ce qui, en étant vingt, est déjà un exploit. Croisons les doigts, donc, pour que le grand souffle de confiance reste là.
Ben
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