01.04.2009
Le Roi-bouffon
Mes chers lecteurs,
Le sarkozysme n’existe que par son chef. Et ce qui le caractérise avant toute autre chose, c’est sa foi, profonde, en la politique. Mais cette croyance si forte, dans la capacité d’un seul homme à bouger des montagnes, n’est pas forcément une bonne chose.
Un de mes oncles – dont je tairai le nom –, entrepreneur de son état, avait pour habitude d’affirmer, badge UMP fièrement présenté, que « Sarkozy est ce qu’il faut à la France, il va faire bouger tout ça ». Il semble que l’homme de poigne ait charmé.
La vraie question, chers lecteurs, n’est pas tellement d’avoir de la poigne. Le fait est que l’autorité ou la réactivité sont importantes, cependant cela ne saurait être un argument politique. Ce qui compte, c’est ce que l’on fait de cette poigne. Autorité n’est pas un programme ; c’est ce dont ce dernier a besoin.
Sarkozy est typiquement dans ce dilemme : il nous a vendu une rupture, l’image d’un homme qui bouge, et qui s’arrache au travail. Mais cela aujourd’hui se retourne contre lui. A Gandrange, son échec fut cuisant. Aujourd’hui encore, il vient de promettre de sauver l’usine Caterpilar de Grenoble. Nous n’attendons que ça ; mais je crains que sa foi – sincère au demeurant – en la politique, ne suffise pas, face aux réalités économiques. Entre sa volonté et ses propres capacités, le fossé se creuse ; cruel constat que celui de voir qu’au moment même où chacun attend de lui des actions, c’est l’autorité, sa marque de fabrique, qui finit par lui manquer !
J’espère que vous comprendrez ainsi mieux pourquoi il menace de partir du G20 si celui-ci ne parvient pas à un accord. Ce n’est pas tellement parce qu’il est plus actif ou plus inquiet que les autres. C’est tout simplement parce qu’il ne veut pas davantage manifester sa propre impuissance, qui pourtant, finira inéluctablement par apparaître. Il souhaite tout simplement donner un petit prolongement au rêve qu’il a su créer en 2007 : un Président surpuissant sur tous les fronts, dont on n’aurait pu imaginer qu’il manquerait d’autorité un jour.
Car un vrai homme d’Etat, moderne et impliqué, n’agirait pas ainsi. Un homme qui aurait véritablement de la poigne, de la volonté, de la détermination à servir l’intérêt général, ne menacerait pas de quitter la salle.
Il refuserait de partir sans accord.
Ben
15:05 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
30.03.2009
Maintenir la pression...
Chers lecteurs,
Vous avez tous appris, ce matin, la nouvelle : le gouvernement a donc choisi la voie du décret, beaucoup moins démocratique, mais plus rapide que la loi, pour annoncer la suspension des stocks options et encadrer la rémunération des grands patrons, mais seulement des entreprises ayant bénéficié d’aides d’Etat (c’est-à-dire les banques et constructeurs automobiles).
Cette annonce intervient bien sûr après une série de scandales en cette période où plus encore qu’autrefois, l’exigence morale et la droiture de nos élites économiques seront indispensables au relèvement de notre continent.
Mais attention, cependant. Je voudrais rappeler une évidence pour que personne ne se contente des discours actuels. Les stocks options et autres rémunérations abracadabrantesques issues du capitalisme financier libéré avaient une raison d’être particulière. Deux, en fait :
1. Les actionnaires ont un total contrôle sur la direction de l’entreprise, ce qui se justifie dans la mesure où ils aident au financement de l’entreprise, avec pour contrepartie des « dividendes ».
2. Dans le but d’en obtenir, ils se fixent pour objectif d’engager le meilleur patron possible, à leurs yeux. D’où des « enchères aux salaires » et l’explosion des rémunérations des PDG et cadres de haut niveau.
Vous avez là résumé l’ensemble du problème. Dans les années 1980, pour faire face à plusieurs crises profondes, nous avons choisi de développer un modèle économique où les entreprises pourraient s’exempter des taux d’intérêts banquiers en se finançant par la bourse.
C’est ainsi que peu à peu, les actionnaires se sont vus octroyés des pouvoirs phénoménaux. L’enjeu du G20 et de la « moralisation du capitalisme » comme il dit, est bien là.
Réduire le pouvoir des actionnaires, pour qu’il s’exerce sur le long-terme, afin de mettre un point d’arrêt aux gestions de court terme qui pressent nos entreprises comme des citrons. Laisser, en fait, une marge de liberté aux PDG face aux Conseils d’Administration afin de remettre au centre de notre croissance une valeur trop oubliée ces dernières années : l’investissement.
De ce point de vue, une chose est claire : nous devons soutenir l’Empereur… hélas.
Ben
08:06 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
27.03.2009
Le retour des morts-vivants ?
La nouvelle, ce matin, m’a fait quelque peu sourire. Peu de temps après N. Canteloup, Europe 1 a diffusé ce vendredi un reportage sur… les militants UMP.
Le document, que je n’arrive hélas pas à retrouver, évoque entre autres une gêne croissante de la base du parti, qui se sent de plus en plus éloignée de N. Sarkozy. Ce dernier est de plus en plus critiqué pour son exercice solitaire du pouvoir, et son étanchéité à tout sens des réalités face à la crise. Beaucoup de militants parlent de ne plus renouveler leur carte d’adhérent pour 2010. Ils ne sont parfois même plus sûrs qu’ils auraient voté N.S. en 2007, en sachant ce qu’il allait faire de son mandat.
Ainsi, cette fronde, c’est d’abord, j’en suis persuadé, le début de la faillite de la synthèse UMP entre libéraux, conservateurs et gaullistes. Les libéraux sont insatisfaits des accents régulateurs que prend Nabot-Naparte Ier ; les conservateurs, soucieux de sa réforme de la politique familiale et de la reconnaissance, même inavouée, d’une possibilité de parentalité homosexuelle ; les gaullistes enfin, appellent un sens de la grandeur institutionnelle plus fort, et une politique sociale plus concrète et coordonnée.
En témoigne la lutte interne à l’UMP sur le bouclier fiscal. A croire que silencieusement, le très gaulliste De Villepin pourrait agiter quelques marionnettes et reprendre du poil de la bête... ! Pendant ce temps, dans le Grand Ouest, dont la droite est par tradition modérée, on parle de « déversement des votes de droite vers les centristes ». Pour les européennes, le MoDem, mort-vivant politique, est crédité de… 15%. Pas mal, pour un cadavre.
Que le Parti officiel prenne donc garde : il s’agira d’une élection qui, par nature, favorise des centristes très sensibles à la question européenne ; d’une élection proportionnelle, qui avantage les moyens et petits partis ; d’une élection dont le contexte, très certainement, sera celui de la contestation.
Ben
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