24.03.2009
La résistance se trompe de cible
Mes chers lecteurs,
Vous vous êtes, vous aussi sans doute, fait cette réflexion : cette crise est économique, mais elle est en plus morale. Et il semble bel et bien que sur les deux terrains, ce soient les modèles sociaux plus généreux à l’égard des défavorisés (Scandinavie, France, Allemagne) qui sortent renforcés.
Pour autant, je m’étonne de la faiblesse de notre réaction. J’entends par là qu’il y a quelque chose d’étrange à ce qu’alors même que notre modèle s’est montré plus à même de défendre les intérêts du peuple, nul n’ait souligné qu’il s’agissait là de notre victoire, de la victoire de notre modèle. La France semble empêtrée dans la seule peur de la crise, là où, partout dans le monde, il reste des gens pour dire qu’il n’y a pas de gouffre sans fond. Là où partout, des gens savent que l’économie repartira.
Il serait de notre devoir d’impulser un vrai mouvement social-démocrate dans le monde, en particulier dans le Sud. Qu’attendons-nous donc, pour exploiter cette position de force ?!
Si vous vous demandez pourquoi, la réponse est simple. La France, petite, mais recordwoman incontestée des manifestations, a perdu confiance en l’Etat ; ce pays qui n’avait jamais renoncé à croire en la politique, commence à douter d’elle.
La crise, c’est précisément le retour tonitruant d’un besoin, pour tous les pauvres et les déshérités de cette planète, d’action publique. Et pourtant, la foi des français en cette dernière s’amenuise visiblement…
Car le consensus est à notre France chérie ce que le talon fut à Achille : un terrible point de faiblesse. Le consensus, en France, est fragile, dès qu’il s’agit de parler d’action publique.
Pourtant, il est des hommes qui, bravant cette maxime, ont pensé mieux régner en divisant. Ils le paient aujourd’hui par un pays uni – ou presque – contre eux, plongé dans la paralysie et la défiance. Un cruel revers de situation, pour une nation qu’on attendait flamboyante à nouveau dans le débat d’idées international, et qui ne tient plus aujourd’hui qu’au bout des courtes pattes d’un petit chef déshonoré par l’opprobre de son propre peuple. Un chef sali, mal à l’aise pour défendre un modèle qui ne veut plus de lui.
Honte et déshonneur à ceux qui, par leur égoïsme, ont teinté notre victoire philosophique de déception politique.
Par leur échec, ils nous interdisent l’espoir.
Ben
07:11 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
19.03.2009
En avant, en arrière...
« On ne peut pas régler le problème du sida avec la distribution de préservatifs (…) au contraire, leur distribution aggrave le problème ».
Pour avoir reçu une éducation catholique et en avoir gardé beaucoup des valeurs, je commence à être quelque peu habitué de la philosophie de l’Eglise : présenter un modèle idéal, le monde de Dieu tel qu’il devrait être, et laisser au clergé le soin de la bienveillance et de la tolérance face aux écarts. Rappeler l’ordre en niant la réalité, mais accepter cette dernière.
Mais cette fois-ci, c’en est vraiment trop.
Le pape est la seule personne de la planète à pouvoir, seul, représenter autant de personnes, sur toute la planète. Il a une responsabilité immense : celle des actions, des pensées, de la moitié de l’humanité. Il donne encore à beaucoup de monde, un cadre d’explication général du monde, une grille de lecture. Celle-ci n’est pas mauvaise, mais si elle est éclairée. Prononcer de telles ignominies est dangereux pour des millions d’africains. C’est – au sens fort du terme – une horrible preuve d’irresponsabilité de la part d’un pape autiste et qui n’attache d’importance qu’aux questions de théorie théologique. Il n’a pas compris qu’au XXIè siècle, le pape doit être un leader médiatique ou ne pas être. Parler simplement, hors de toute subtilité biblique, et avec du coeur. Il est proprement insupportable.
Car si nous ne nous arrêtons pas seulement à cette polémique, mes chers lecteurs, il y a quelque chose qui doit vous frapper plus durement. Ce pape a officiellement réintégré la messe selon le rite de Saint Pie V (messe en latin, prêtre dos à la foule). Il a ensuite accueilli dans l’Eglise les intégristes et autres lefebvristes, racistes patentés et rétrogrades, même si inavoués. Il a réhabilité Monseigneur Williamson, négationniste et antisémite. Aujourd’hui, il défend une position extrêmement dure en Afrique sur la chasteté. Ce pape fait faire un virage de 180° à l’Eglise.
Beaucoup ne comprennent pas la lenteur de cette institution, et pense qu’elle ne bouge pas. Mais celle-ci s’est inscrite sur vingt siècles, et possède une notion du changement très... progressive. Tout au long du vingtième siècle, l’Eglise s’est ainsi peu à peu réformée. Elle a abandonné le prosélytisme, la messe en latin, s’est ouverte à l’Afrique, encourage l’œcuménisme et aujourd’hui, tente d’entretenir des dialogues avec l’islam ou le judaïsme.
Benoît XVI revient sur cette philosophie. D’une doctrine de « progrès lents » mise en place par des papes aussi volontaires et dynamiques que Jean-Paul II en son temps, nous sommes aujourd’hui arrivés à une aspiration à « un lent retour à la tradition » qui en inquiète plus d’un. L’Eglise française, traditionnellement réformiste et moderniste, a de quoi s’inquiéter. Les catholiques français ont de quoi manifester angoisse, et/ou colère. Et encore une fois, ils s'attendent tous à des remarques de la part des athées en tous genres. Avec un pape pareil, il est difficile dans un pays éclairé comme la France, d'être catholique.
Comme dirait Alain Juppé, lui-même croyant : « Ce pape commence vraiment à poser problème ».
Ben
09:15 Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
17.03.2009
Le bouclier fiscal a du mal à se défendre
Les Echos titrent aujourd'hui à propos des coûts du bouclier fiscal voulu par N.S., qui à la surprise générale, sont moins élevés que prévu. Le gouvernement a formé une ligne de défense grâce à ces premières statistiques : le bouclier fiscal concernerait ainsi moins de personnes que prévu (14.000 contribuables alors que Bercy en prévoyait... 235.000!!). Au total la loi TEPA (Travail-Emploi-Pouvoir d'Achat, de 2007, aussi appelé Pacquet fiscal dans les médias) aurait coûté 7 milliards au lieu de 13. Le ministère ajoutant que cela profite d'abord aux classes moyennes.
Tout va donc pour le mieux dans le meilleur des mondes fiscaux.
Du bord de ma fenêtre, je ne peux cependant pas m'empêcher d'avoir un raisonnement avant tout politique. C'est tout de même étrange : en 2008, on nous a promis que cette fameuse loi TEPA allait booster notre économie. Que tout le monde allait en profiter, et que des sommes colossales étaient ainsi réinjectées dans l'économie. C'était le discours triomphant de la droite sûre d'elle-même face à une gauche littéralement dévastée. Or, le discours d'aujourd'hui consiste à dire : "Regardez, finalement, ça ne nous a pas coûté grand chose, voyez ! Regardez, je vous dis !"
Il y a - je crois - comme un HIC.
C'est un cas évident de manipulation de l'opinion. Le fait est que le but était de relancer, et que rien ne se passe, à tel point qu'on se réjouit aujourd'hui que cela n'ait pas trop coûté. Cela correspond à une vision de la politique fiscale par la droite qui commence à coûter cher à la France...
Ben
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